01 novembre 2011

Tunisie : les résultats de l'élection à la Constituante

Les résultats provisoires des élections en Tunisie montrent le succès de la liste islamiste modérée Ennahda. C'est un sujet de préoccupation pour la Tunisie (le maintien du régime laïc et du statut des femmes) comme pour l'ensemble des révolutions arabes (risque qu'elles tournent à l'avantage des islamistes).

Cependant, malgré ce coup, nous conservons notre optimisme :

* Ennahda peut effectivement réellement se révéler être un parti islamiste modéré, comme les partis "chrétien-démocrates" européens des années 1950 (soit un vote conservateur sur les valeurs morales).

* Une expérience islamiste modérée constitue un vrai risque, mais il va peut-être permettre de "lever l'hypothèque" islamiste. Soit servir - par des mesures excessives - de repoussoir pour les autres pays de la région, soit du moins montrer que ce n'est pas une solution miracle et qu'ils ne font pas mieux que les autres partis. Après un éventuel passage au pouvoir, l'alternance passerait ensuite aux mains de partis laïcs.

 

On remarquera aussi l'existence d'un fort courant de "gauche" (des sociaux-démocrates aux marxistes), globalement laïc, même si certains peuvent envisager une alliance avec des islamistes modérés. Avec au moins 63 sièges, ce courant permettrait d'équilibrer la puissance d'Ennahda s'il n'était pour le moment dispersé en une multitude de partis (CPR, Ettakatol, PDM-Pôle, PCOT, MDS, MPD, etc.).

 

En attendant, voici les résultats provisoires des élections tunisiennes du 22 octobre :

* n°1 : Ennahda (islamisme modéré) : 41,5% des suffrages, 90 sièges sur 217 (au 28/10/2011)

* n°2 : Congrès pour la république (CPR) (gauche nationaliste) : 13,8% des voix, 30 sièges.

* n°3 : Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés, FDTL) (socialiste) : 9,7% des suffrages, 21 sièges.

* n°4 : Pétition populaire pour la justice et le développement (PPJD) (Al Aridha Chaâbia) (faux nez d'anciens membres du RCD de Ben Ali??), mais invalidé dans plusieurs circonsciptions. 8,8% des suffrages, 19 sièges.

* n°5 : Parti démocrate progressite (PDP) (centre) : 7,8%, 17 sièges.

* n°6 : Pôle démocratique moderniste (PDM, ou POLE) (gauche anti-islamiste, dont l'ancien PC, Ettajid) : 2,3%, 5 sièges.

* n°7 : L'Initiative, Parti d'El Moubadara (ancien du RCD?) : 2,3%, 5 sièges.

* n°8 : Afek Tounes (libéral) : 1,8%, 4 sièges.

* n°9 : El Badeel Etthaouri (ou El Badil El Thawri) (L'Alternative révolutionnaire, appuyée par le PCOT, communiste) : 1,3%, 3 sièges.

* n°10 : Mouvement des démocrates socialistes (MDS) (social-démocrate) : 2 sièges.

* n°11 : Mouvement des patriotes démocrates (MPD) (socialiste) : 2 sièges.

* Liste ayant obtenu un siège : 10,6%, 23 sièges.

  • Parti culturel unioniste de la nation "El Oumma"
  • Mouvement du peuple
  • Parti libéral maghrébin
  • Liste l'indépendant
  • Liste la voix de l'avenir
  • L'union patriotique libre
  • Anidhal progressiste
  • Anidhal social
  • Parti justice et équité
  • Chams Al Aridha
  • Liste pour un front patriotique tunisien
  • Mouvement du peuple unioniste
  • Liste la justice
  • Liste fidélité aux martyrs

Source officielle : http://www.tunisie.gov.tn/index.php?option=com_content&am...

Autre source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111028.FAP7194/tun...

 

20 octobre 2011

Tunisie : les partis politiques en présence

Même si les islamistes peuvent malheureusement remporter le scrutin, il nous faut, à la veille des premières élections pluralistes en Tunisie (pour élire l'Assemblée constituante), saluer avec enthousiasme l'entrée de ce pays, si proche de la France par le coeur, dans la démocratie.

Pour celà, il nous faut commencer à nous familiariser avec ces "nouveaux" partis démocratiques (en fait ils existaient souvent déjà, mais soient réprimés, soient vidés de leur substance par le pouvoir).

LES PARTIS

Parti En'nahda ("Renaissance")

Idéologie : se proclame islamiste modéré sur le modèle de l'AKP turc. Fût islamiste dur jusqu'à la deuxième moitié des anénes 2000 puis 'est modéré.

Leader : Mohamed Gannouchi.

Les sondages le créduitent du premier rang, avec 20 à 30% des suffrages.

Parti démocrate progressiste (PDP)

Selon les sondages, 2e parti politique tunisien.

Idéologie : centriste. Etait autorisé sous ben Ali. Regrouperait aussi bien des libéraux (y compris dans le domaine économique) que des islamistes progressistes. Pas de grand changement à attendre de sa part.

Leader : Najib Chebbi (avocat).

Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol)

Idéologie : social-démocrate, centre-gauche. Etait autorisé sous ben Ali.

Leader : Mustapha Ben Jaffar (médecin).

Congrès pour la République (CPR)

Leader : Moncef Marzouki (médecin).

Idéologie : socialisme + nationalisme arabe (mais avec une composante islamique).

Parti du travail tunisien (PTT)

Leader : Abeljelil Bedoui (économiste).

Idéologie : socialiste. S'appuie sur le puissance syndicat UGTT.

Pôle démocratique moderniste (PDM) et Ettajid 

Idéologie : socialiste et laïc (opposé à l'islamisme).

Coalition de 5 petits partis + des organisations de la société civile :

* Ettajid (ex-Parti communiste) : social-démocrate

La Voix du centre,

* Parti socialiste de gauche (PSG) : scission du PCOT en 2006 par refus d'une allinace avec les islamistes.

*  Al Widfak Al Joumhouri

* Mouvement de la citoyenneté et de la Justice.

 Mouvement des démocrates socialistes

 Idéologie : social-démocrate.

Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT)

Idéologie : extrême-gauche. 4estr allié avec les islamistes contre Ben Ali.

 

DE GRANDES TENDANCES

On peut distinguer 3 grands groupes

Ennahda : islamiste "modéré"

Partis "centristes", acceptant éventuellement les islamistes modérés :

* Parti démocrate progressiste (PDP) : libéral.

- Congrès pour la réopublique (CPR) : socialiste nationaliste.

Partis de gauche

- FDTL-Ettakatol : social-démocrate.

- Parti du travail tunisien (PTT) : socialiste (proche de l'UGTT).

- Pôle démocratique moderniste (PDM° autours de l'Ettajid (ancien PC) : socialisme et laïcité (anti-islamiste).

- PCOT : extrême-gauche.

 

Pour en savoir plus une belle cartographie politique : http://www.fhimt.com/2011/04/23/infographie-les-partis-po...

Libye : Kadhafi : mort d'un dictateur

REGARD HUMAIN

On ne peut jamais se réjouir de la mort d'un homme.

Et voir les photos d'un cadavre ensanglanté, on éprouve toujours une sorte de malaise. Surtout, évidemment, vu, à froid, de France. Car, maintenant qu'il n'est plus un enjeu politique, cet homme avait sa vérité, et même s'il s'est enfoncé dans les pires erreurs, il est aussi victime de son propre système, de sa propre folie qui, dans d'autres circonstances, lui auraient peut-être valu seulement un internement en hôpital psychiatrique. Ses erreurs, comme celles des autres humains, reposaient sur ses propres faiblesses : ses peurs et ses démons, son rêve irréaliste d'un monde idéal pour les siens, ses déceptions, ses frustrations, ses petites misères intimes, sa solitude (même au sommet du pouvoir). Tout ceci - ou une part de ceci - est vrai pour Kadhafi, tout autant que pour Hitler, Staline, Mao, ou les autres dictateurs.

Pour autant, on peut être immensémment soulagés à l'annonce de sa mort ("Enfin !!"), car la folie criminelle dans lequel Kadhafi et son régime s'étaient enfermés depuis le mois de février dernier, le refus de toute réalité, la volonté plusieurs fois réaffirmée d'écraser tout mouvement rebelle n'a que trop fait souffrir la Libye : des milliers de morts, de blessés, des destruction matérielles...

C'est le terme d'un processus révolutionnaire que nous avons soutenus depuis le début - appelant avec émotion au sauvetage de Benghazi en mars dernier.

Nous savons bien que cette révolution peut déboucher aussi sur de grands malheurs, avec la montée en puissance de l'islamisme en Libye et en Afrique du Nord en général et la ciculation des armes. Mais le statu quo était devenu impossible en Libye comme dans le reste de l'Afrique du Nord, pour la simple et bonne raison que les peuples ne le voulaient plus, face à des régimes en place depuis des décennies.

Sur un mode plus mineur, nous n'oublierons pas non plus l'ineptie et le dramatique aveuglement volontaire de certains éléments du courant "alter" (d'extrême gauche et d'extrême-droite), très actifs sur Internet (sur Le Post, blog du Nouvel Obs, etc.), qui s'est engagé derrière le régime criminel de Kadhafi par haine de l'OTAN. Et ceux qui se réjouissaient du soulèvement des peuples arabes en février 2011 se sont soudain rangés contre l'intervention internationale en mars 2011, pointant inlassablement les pailles de la Révolution sans plus jamais évoquer la poutre du régime kadhafiste. Ceux qui se réclament de la Révolution françaises se sont mis à rejeter le principe même d'un Révolution. Une honte morale.

REGARD JURIDIQUE (Ajout du 21 octobre 2011)

Attaché à faire entendre sa différence, alors qu'elle refuse à l'ONU des sanctions contre le régime syrien, la Russie a contesté la légitimité de l'attaque de l'OTAN sur le convoi de véhicules de Kadhafi.

"Il n'y a aucun rapport entre la zone d'exclusion aérienne et une attaque contre un objectif au sol, en l'occurence le convoi, d'autant qu'il ne peut être question de protéger des civils vu que ce convoi n'attaquait personne, on peut même dire qu'il était en fuite", a déclaré Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov à l'antenne de la radio Echo de Moscou.

Si la position de la Russie peut défendre d'un point de vue juridique, on ne peut non plus penser que ce convoi ne représentait pas une menace. Il était composé de plusieurs dizaines de véhicules (40, voire 75 selon les derniers témoignages), transportant plusieurs centaines de combattants professionnels lourdement armés, se frayant un chemin à vive allure en forçant des barrages. Il pouvait aussi bien fuir que tenter une manoeuvre de revers, ou se trouver un nouveau bastion plus difficile à prendre. Militairement parlant, ce convoi devait être stoppé

Et, sur le fond, ces derniers combattants kadhafistes, qui ont fait les preuve de leur jusque-boutisme, sont ceux qui ont déjà fait durer cette guerre deux moins de trop, alors qu'elle aurait dû s'achever avec la prise de Tripoli fin août. En fuite, ils auraient pu, soit mener la guerilla terroriste urbaine promise par Kadhafi, soit mener une politique de destabilisation du Sahara (à cheval sur la Libye, l'Algérie, le Niger, le Mali) (enconcurrence voire même en partenariat avec al-Qaeda-AQMI) que craignaient les dirigeants CNT et de nombreux observateurs indépendants.

Kadhafi, son entourage proche et son carré de gardes du corps fidèles, auraient été des facteurs de troubles et de guerre civile pour plusieurs pays, menaçant indubitablement la vie de nombreuses personnes dans la région. Politiquement aussi, une intervention était justifiée.

Il fallait évidemment stopper ce convoi.

Concernant la question du droit international, je pose aussi cette question : qui a le plus enfreint le droit international : le dictateur qui a fait sauter des avions civils, financé pendant des décennies de nombreux mouvements terroristes en France et en Afrique, et tirer de nombreuses fois sur son peuple à la mitailleuse lourde et au canon, ou ceux qui tuent ce dictateur ?

REGARD POLITIQUE (ajout du 21 octobre 2011)

La mort de Kadhafi (blessures au combat + lynchage par des révolutionnaires) rappelle le lynchage d'autres dictateurs (Mussolini) ou des procès expéditifs (Ceaucescu, Saddam Hussein), ou encore des destins difficiles (le procès d'un Moubarak au fond de sa civière, la crise cardiaque de Ben Ali peu après sa fuite, la blessure à la tête du président du Yemen, la mort trouble de Pol Pot, crise cardiaque de Milosevicpendant son procès...). Le "métier" de dictateur - avec un pouvoir sans partage et sans limite dans le temps - constitue une prise de risque qui peut mal finir. D'un point de vue politique, il n'y a là que justice.