27 avril 2011
Politique extérieure de la France : realpolitique et idéalpolitique
Le printemps arabe du premier semestre 2011, qui interpelle les démocraties (les révolutionnaires libyens ont explicitement appelé à l'aide la communauté internationale qui a répondu favorablement à leur appel) incite à faire le point sur la politique étrangère des démocraties en général et de la France en particulier.
1) Realpolitique et idéalpolitique
La politique étrangère d'un pays peut reposer sur 2 principales motivations :
a) La défense et promotion de ses intérêts à travers le monde et par le moyen de l'action internationale. C'est l'objectif historique de la politique étrangère à travers tous ses aspects (défense, alliances, politique commerciales, accords techniques et coopérations, projets internationaux, etc.).
b) La défense et promotion de valeurs (démocratie, droits de l'Homme) à l'international.
Cet objectif est plus récent que celui des intérêts et n'est pas "naturel" : il exige un effort et a un coût sous de multiples formes (coût financier, engagement militaire, prise de risque, risque d'échec, de ses faire des ennemis, etc.). Nous jugeons cependant qu'il n'en est pas moins parfaitement légitime, notamment car :
* La France a une vocation particulière, au moins depuis le Révolution de 1789, à assurer la promotion de la démocratie et des droits de l'Homme à travers le monde.
* La France adhère à toute une série d'organisations internationales - à commencer par l'ONU - dont les valeurs reposent sur les droits de l'Homme et la démocratie (voire notamment la Déclaration universelle des droits de l'Homme de l'ONU de 1948). Leur promotion fait plus ou moins implicitement partie de nos droits ou de nos obligations juridiques.
* Depuis le XXe siècle, la politique internationale s'est dotée d'un fort contenu idéologique avec les affrontements de grands "blocs" idéologiques cherchant la victoire de leur modèle sur l'ensemble de la planète (axe fasciste, bloc soviétique, bloc démocratique, éventuellement nébuleuse islamiste...). Toute politique étrangère doit donc prendre en compte cette dimension idéologique.
* La démocratie est un bienfait que l'on doit de partager avec ceux qui ne l'ont pas encore (à l'instar de l'eau ou de l'alimentation de base). On peut le concevoir comme un impératif moral compte tenu de la fraternité entre tous les êtres humains. D'autant que le partage n'affaiblit pas la démocratie chez le donateur, mais la renforce au contraire.
* Notons que la promotion des démocraties n'est pas seulement offensive, mais est, en fait largement défensive, puisque ce sont les situations de dictature et d'injustice qui génèrent la plupart du temps dans le monde les guerres et le terrorisme. L'avancée de la démocratie va de paire avec le recul des guerres et du terrorisme. Nos valeurs rejoignent donc aussi nos intérêts de long terme.
Au total, la défense des intérêt est une tendance naturelle, tandis que la défense des valeurs exige un effort particulier et une prise de risque. Les deux objectifs peuvent se trouver en contradiction (par exemple, défendre les droits de l'Homme en Chine entraîne des sanctions commerciales de la part de l'Etat chinois qui peuvent nuitre à nos intérêts économiques). On doit donc parvenir à l'équilibre optimal entre les deux motivations.
2) Comment promouvoir la démocratie
Une fois décidé que la promotion des valeurs démocratiques et humanistes à travers le monde est l'un des objectifs des pays démocratiques et notamment de la France, il s'agit d'en trouver les modalités les plus efficaces. Plutôt que d'agir dans l'improvisation au coup par coup (comme en Bosnie, au Kosovo, au Rwanda, en Libye), il s'agit d'élaborer une doctrine complète, rationnelle et permanente.
En voici quelques pistes :
Un outil d'intervention : Formation d'une Alliance des démocraties motivées par la promotion de la démocratie et des droits de l'Homme. Ce ne peut être l'ONU car sa vocation universelle lui fait accepter en son sein des dictatures - y compris parmi les membes permanents (Chine, voire Russie) - qui ne peuvent accepter la notion d'ingérence au nom des droits de l'Homme et de la démocratie de peur qu'elle ne se retrourne contre elle. Ce ne peut être non plus l'OTAN, trop marqué "américain" et qui a aussi dans le passé accepté en son sein quelques pays non démocratiques. Cette alliance peut pour le moment comprendre la plupart des pays d'Europe, d'Amérique du Nord et du Sud, bon nombre de pays asiatiques (Japon, Corée, Inde, etc.), certains pays africains.
Cette alliance est l'outil institutionnel destiné à élaborer et mener des politiques de promotion de la démocratie et des droits de l'Homme :
- Elaboration d'une doctrine d'intervention contre les régimes commettant des atteintes graves aux droits de l'Homme, tels que des massacres, des répressions sanglantes, des destructions de minorités ethniques, etc. Préparation en amont de moyens d'intervention. Direction des interventions. Au cours des dernières années, l'Alliance aurait ainsi pu intervenir en ex-Yougoslavie, au Rwanda, au Darfour et Sud Soudan, et, plus récemment, en Libye.
- Soutien aux mouvements de défense des droits de l'Homme et d'opposition au sein des régimes dictatoriaux. A titre d'information, les principaux points noirs en termes de dictatures à travers le monde sont acuellement : en Extrême Orient : la Chine et ses alliés proches (Corée du Nord, Birmanie), le Viet-Nam et le Laos. Au Proche et Moyen Orient : le Turkménistan, l'Iran, la Syrie, l'Arabie Saoudite. En Afrique : Libye, Soudan. En Amérique : Cuba. En Europe : Russie, Bélaruss.
- Elaboration de politiques de passage des dictatures vers les démocraties dans les pays où la situation le permet (là ou existent une opposition structurée et mature, la possibilité de rallier une partie des cadres du régime, là où il n'y a pas de risque d'éclatement régional ou ethnique du pays..).
Concernant le choix des interventions :
Notons tout de suite, en amont, qu'on ne peut intervenir partout et tout le temps, ce qui revient à assumer le fait de se faire accuser de "deux poids, deux mesures" (comme actuellement en avril 2011 au sujet de l'intervention en Libye et la non-interventin en Syrie). Mais, comme le dit l'adage, "ce n'est parce qu'on ne peut pas intervenir partout qu'il faut intervenir nulle part."
Le choix des interventions répond :
- à des critères ethiques (degrés d'urgence de la situation, degrés de violation des droits de l'Homme, appel des victimes des dictatures à la communauté des démocraties, etc.),
- mais aussi à des critères pratiques (possibilité d'une intervention rapide et réussie, possibilité de transition du pays vers la démocratie, possibilité de faire comprendre cette intervention aux opinions publiques notamment des pays voisins, pas de risque de destabilisation régionale, etc.).
Concernant les modalités d'intervention :
Celles-ci doivent privilégier au maximum les solutions les moins violentes possibles. Organiser un changement de régime se prépare d'abord en amont par la formation de cadres de l'opposition, la sensibilisation de la population du pays concerné, le développement d'une société civile (syndicats, groupes politiques, associations, presse clandestine, blogs et forums Internet), le ralliement de cadres ou de personnalités du régime dictatorial (afin de permettre une transition en douceur). Ensuite, le changement de régime doit se faire de la manière la moins violente possible, par coup d'Etat plutôt que par la guerre. La guerre est toujours la plus mauvaise des solutions.
Nous comptons revenir sur ces sujets de manière plus précise.
Lire aussi : http://sirgalaad.hautetfort.com/archive/2011/02/01/quand-...
09:32 Publié dans Fondamental | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, droits de l'homme, liberté, ingérence, paix



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