04 mai 2011

Les pires dictateurs du monde (selon RSF et les autres associations de droits de l'Homme)

L'association indépendante française Reporter sans frontières (RSF) a publié hier une liste noire de prédateurs de la liberté de la presse. Y figurent des chefs d'Etat et quelques mouvements terroristes. Cette liste donne une idée de régimes qui portent le plus atteinte aux droits de l'Homme, même si elle est basé sur le seul critère de la liberté de la presse. Il faudrait bien sûr croiser ces données avec celles d'autres organismes de défense des droits de l'Homme (Amnesty International, etc.) pour avoir un tableau plus précis.

On regrettera toutefois qu'un classement des "prédateurs" par dangerosité n'ait pas été établi par RSF : emprisonner des journalistes n'est pas la même choses que les assassiner ; tolérer une presse indépendante dans certaines limites n'est pas la même chose que l'interdire complètement ; etc.

Merci donc à Reporters sans frontières de sa vigilance et de son action jour après jour en faveur de la liberté de la presse.

Nous republions cette liste (très légèrement réorganisée par nos soins) :

AFRIQUE

Régimes de l'Erythrée, Gambie, Guinée Equatoriale, Rwanda, Swaziland, Zimbabwe.

Mouvement armé : les milices islamiques armées de Somalie (pays en situation d'anarchie).

MOYEN ORIENT

Régimes d'Arabie saoudite, Bahreïn, Iran, Libye, Syrie, Yémen.

S'y ajoutent les actions réciproques des forces de sécurités d'Israël et des Territoires palestiniens (Hamas contre Fatah),

ASIE

Régimes de Birmanie, Chine, Corée du Nord, Laos, Sri-Lanka, Viêt Nam.

Mouvements armés : milices privées de Philippines, mouvement taliban en Afghanistan-Pakistan .

EX-URSS

Régimes d'Azerbaïdjan, Belarus, Russie et Tchétchénie, Kazakhstan, Ouzbekistan, Turkménistan.

EUROPE DE L'OUEST

Mouvement armé : ETA (Espagne).

Maffias en Italie (Cosa Nostra, Camorra, 'Ndrangheta, Sacra Corona Unita).

AMERIQUES

Régimes de Cuba.

Le magnat Facussé Barjum au Honduras.

Mouvement armé en Colombie (Aigles noirs : milices d'extrême-droite).

Maffia au Mexique (cartel de Sinaloa, du Golfe, de Juarez...).

 

NOTRE ANALYSE

On peut classer les régimes dictatoriaux cités par RSF en grandes catégories :

- Les régimes communistes (ou leurs héritiers directs) : la Chine et ses alliés proches (Corée du Nord, Birmanie), Viêt Nam et Laos, Cuba (on pourrait aussi inclure le Belarus).

- Des pays de l'ex-URSS qui ont du mal à se démocratiser : Azerbaïdjan, Belarus, Russie (et Tchétchénie), Kazakhstan, Ouzbekistan, Turkménistan.

- Des monarchies absolues : Arabie Saoudite, Bahreïn, Swaziland.

- Autres dictatures d'Asie et Moyen Orient : Sri-Lanka, Yémen.

- D'anciens régimes "progressistes" arabes : Syrie, Libye.

- L'islamisme est présent dans le classement à travers l'Iran, mais aussi le mouvement Taliban et les milices islamiques de Somalie (et aussi à travers les forces de sécurité du Hamas palestinien). 

- Des dictateurs africains plus difficiles à classer : Erythrée, Gambie, Guinées Equatoriale, Rwanda, Zimbabwe.

Les principaux points noirs :

Dans la perspective d'une action de démocratisation (lire notre stratégie http://sirgalaad.hautetfort.com/archive/2011/04/27/politi...), nombre de ces régimes (Afrique, Moyen Orient, Sri Lanka, Cuba...) pourraient être renversés sans difficulté majeure si la volonté conjuguée de l'opposition interne et de la communauté internationale s'exprimait.

Certains constitue des points noirs plus dangereux car :

- ce sont des Etats puissants (par la taille du pays, la puissance de leur économie ou la possession de matières premières) plus difficiles à renverser.

- ces sont des pays qui patronnent d'autres dictatures ou des mouvements terroristes. Leur pouvroir de nuisance dépasse donc leurs frontières, ce qui renforce la justification d'une action contre eux. 

Les principaux points noirs sont :

- La Chine (et ses protégés). Compte tenu de sa puissance, on risque de devoir faire semblant de copiner avec le régime totalitaire chinois pendant un certain nombre d'années, mais, dés que ce régime dictatorial sera renversé, on pourra dire à ses dirigeants tout ce qu'on pense actuellement tout bas.

- L'Iran (et ses protégés). Une action d'endiguement et d'isolement international peut être tentée avant que le peuple ne parvienne à renverser la petite clique au pouvoir (qui constitue d'ailleurs un groupe paramilitaire appuyé sur une idéologie sectaire millénariste opposée à une bonne partie du clergé traditionnel chiite).

- L'Arabie saoudite. La possession d'une bonne part des réserves de pétrole mondiales constitue une garantie du survie du régime, de même que le très fort risque d'anarchie et de prise du pouvoir islamique en cas de chute du régime. Il faut donc s'en contenter pour le moment tout en poussant à une libéralisation progressive.

- La Russie (et ses protégés). Même si la dictature est parfois "légère", avec le maintien d'une presse et de partis d'opposition, le régime sait parfois être brutal (des assassinats ou longs emprisonnements d'opposants), notamment sur ses marches (voir les massacres en Tchétchénie). Il maintient de plus dans son orbites d'autres régimes dictatoriaux (Belarus..).

 

AUTRES CLASSEMENTS SUR LES DICTATURES

Classements de dictateurs

L'économiste d'origine ghanéenne George Ayittey a publié en 2010 une liste des 23 dictateurs (dans la revue Foreign Policy de juillet/août 2010) (http://www.foreignpolicy.com/articles/2010/06/21/the_wors...) :

1) Corée du Nord (Kim Jong Il), 2) Zimbabwe (Robert Mugabe), 3) Birmanie (Than Shwe)

4) Soudan (Omar Hassan Al-Bashir), 5) Turkménistan (G. Berdimuhamedov) , 6) Erythrée (Isias Afwerki),

7) Ouzbékistan (Islam Karimov), 8) Iran (Mahmud Ahmadinejad), 9) Ethiopie (Meles Zenawi),

10) Chine (Hu Jintao), 11) Libye (Mouamar A-Kadhafi), 12) Syrie (Bachar Al-Assad),

13) Tchad (Idriss Déby), 14) Guinée Equatoriale (Teodor Obiang Nguema), 15) Egypte (Hosni Moubarak) (out),

16) Gambie (Yahya Jammeh), 17) Vénézuela (Hugo Chavez), 18) Burkina-Faso (Blaise Campaoré),

19) Ouganda (Yoweri Museveni), 20) Rwanda (Paul Kagamé), 21) Cuba (Raul Castro),

22) Belaruss (Aleksandr Loukashenko), 23) Cameroun (Paul Biya)

 

Le journaliste américain David Wallechinsky publie chaque année dans le magazine grand public américain Parade une liste des dictateurs. Ses critères ne paraissent pas scientifiques et les lecteurs peuvent donner leur avis. Le résultat de cette liste n'est cependant pas fondamentalement différent des autres classements (http://www.parade.com/dictators/). Liste établie en 2010 sur la base de l'année 2009 par ordre de dangerosité :

1) Zimbabwe (Robert Mugabe), 2) Soudan (Omar Al-Bashir), 3) Corée du Nord (Kim Jong-Il),

4) Mynamar/Birmanie (Than Shwe), 5) Arabie Saoudite (roi Abdoullah), 6) Chine (Hu Jintao),

7) Iran (Ayatollah Khameneï), 8) Erythrée (Isayas Afewerki), 9) Turkménistan (G. Berdymuhammedov),

10) Libye (Mouammar al-Kadhafi), 11) Ouzbékistan (Islam Karimov), 12) Syrie (Bashar al-Assad),

13) Cuba (Raul Castro), 14) Guinée Equatoriale (Teodoro Obiang Nguema), 15) Belarus (Loukashenko),

16) Ethiopie (Meles Zenawi), 17) Tchad (Idriss Déby), 18) Swaziland (roi Mswati III),

19) Cameroun (Paul Biya), 20) Egypte (Hosni Moubarak).

 

Les grandes ONG de défense des droits de l'Homme :

Freedom House (ONG américaine créée en 1941) publie chaque année une carte de la liberté dans le monde (map of freedom) (http://www.freedomhouse.org/template.cfm?page=289)

Democracy Ranking (ONG autrichienne créée vers 2000), qui prend aussi en compte des critères économiques, sociaux et environnementaux, publie un classement des pays (http://www.democracyranking.org/en/archive.htm#scores09). La Chine semble absente, et l'Afrique surreprésentée (en raison de sa pauvreté).

Amnesty International (ONG créée en 1960 en Grande-Bretagne) ne semble pas publier de classement mondial, mais établi un rapport de référence pays par pays (Avant-propos du Rapport 2010 : http://report2010.amnesty.org/fr/foreword).

Human Rights Watch (ONG créée en 1978 sous la forme d'Helsinki Watch) publie également un rapport pays par pays (Rapport 2011 : http://www.hrw.org/fr/news/2011/01/24/rapport-mondial-de-...).

World Audit (organisation créée par des universitaires autrichiens vers 1997) se veut une synthèse des travaux réalisés par plusieurs ONG (Freedom House, Transparency International, Amnesty International, Human Rights Watch, The International Commission of Jurists)à partir desquels elle établit un classement des pays (classement sur le critère de la démocratie http://www.worldaudit.org/democracy.htm). Je ne connais cependant pas son niveau de crédibilité. Selon elle,les 25 pays les pires sont (en partant du plus pire) : Myanmar (Birmanie), Turkménistan, Ouzbékistan, Somalie, Libye, Erythrée, Belarus, Iran, Laos, Afghanistan, RP Congo, Zimbabwe, Soudan, Tchad, Russie, Yémen, Syrie, Tadjikistan, Cuba, Burundi, Vietnam, Azerbaïdjan, Vénézuela, Kyrgyzstan, Ethiopie.

La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH, créé en 1922,Paris, regroupe 164 organisations de droits de l'Homme dans le monde) ne publiepas de rapport global (http://www.fidh.org/-francais-).

D'autres ONG qui se consacrent aux droits de l'Homme : 

Human rights first (ONG créée en 1978 en tant que Comité international des avocats pour les droits de l'Homme) ne semble pas établir de bilan mondial (http://www.humanrightsfirst.org) .

L'Organisation mondiale contre la torture (OMCT, 1986, Genève) publie une carte interactive qui donne une idée de la situation dans chaque Etat (http://www.omct.org/fr/activities/).

Le Centre américain Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l'Homme (1968, Washington DC) ne semble pas établir de rapport mondial (http://www.rfkcenter.org/),

Pax Christi (1945, Bruxelles) ne semble pas établir de rapport mondial(http://www.paxchristi.net/international/eng/index.php).

International League for Human Rights (ILHR, 1942 mais issue de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, NY) ne semble pas établir de rapport mondial.

International commission of jurists (ONG créée en 1952) (http://www.icj.org/)

National human rights institution forum (http://www.nhri.net/).

Enfin, dans la nébuleuse d'ONG de l'ONU : International Services for human rights (ISHR, 1986, Genève et NY, http://www.ishr.ch/. Pas de classement de pays). Sur le sujet, consulter aussi des rapports de l'ONU et de ses agences (United nations human rights council, UNHCR, UNICEF...).

Commentaires

Aurais-je mal lu, ou l'Algérie est-elle un pays où les libertés individuelles sont préservées ? A moins que ce pays n'existe tout simplement pas... Rassurez-moi, je vous prie.

Écrit par : Pierre Vaissiere | 10 juillet 2011

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Écrit par : aguile | 11 janvier 2012

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